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La Grèce entame aujourd'hui une grève générale de 48h, alors que le gouvernement tente de faire voter au parlement le "gel" des conventions collectives. Aux députés ("socialistes" !) qui ont des états d'âme, il est répondu qu'une telle mesure, c'est "le chèque de la troïka" : le versement sans cesse différé des 8 milliards sans lesquels le pays sera en cessation de paiement.

Toujours pleinement respectueux des libertés du citoyen, le gouvernement a décidé, sans doute pour aider à l'exercice du droit de manifestation, de fermer la station de métro Syntagma, celle où se trouvent le parlement et la place où se rallient tous les cortèges de protestation. Toutes les rues menant à la place ont aussi été bouclées par de hautes barrières de fer à 6 heures du matin.

Il est vrai que le pouvoir a de quoi avoir peur : même les policiers font grève à cause des amputations de salaires (les forces "anti-émeutes" sont-elles mieux loties ?)

Dans ce contexte, l'article ci-dessous, écrit en juin dernier dans le Guardian par l'économiste Albrecht Ritschl, fournit du présent une mise en perspective utile. Il rappelle brièvement comment l'Allemagne (son propre pays) est devenue prospère... au détriment des autres.

L'emprunt de guerre qu'elle a imposé à la Grèce occupée n'a jamais été remboursé. Si les deux autres occupants, l'Italie et la Bulgarie, se sont acquittés de leurs dettes de guerre, l'Allemagne, elle, a joui de la mansuétude internationale pour se relever.

A l'heure des leçons de morale de la Chancelière aux grecs "paresseux" et profiteurs, ce sont tout de même des choses à redire.

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L' Allemagne a une dette envers la Grèce

(...)Ce qui est vraiment étrange, cependant, est la brièveté de la mémoire collective de l'Allemagne. Car pendant pendant la majeure partie du 20e siècle, la situation était radicalement différente : après la première guerre mondiale et à nouveau après la seconde guerre mondiale, l'Allemagne était le plus grand débiteur du monde, et dans les deux cas elle doit son redressement économique à un allègement à grande échelle de sa dette.

La crise de la dette allemande entre les deux guerres a commencé il y a presque exactement 80 ans, dans les derniers jours de Juin 1931. Ce qui l'avait déclenché était l'emprunt agressif de l'Allemagne dans les années 1920 pour payer les [premières] réparations par le crédit. Il a provoqué une bulle du crédit, et quand elle a éclaté en 1931, elle a fait tomber les réparations, l'étalon-or, et surtout, la démocratie de Weimar.

Ayant payé l'énorme facture en résultant, après la seconde guerre mondiale les Américains imposèrent à leurs alliés l'accord sur la dette de Londres de 1953, un processus de remise de la dette de l'Allemagne dans les termes les plus généreux. Le miracle économique de l'Allemagne de l'ouest, la stabilité du deutschmark et l'état favorable de ses finances publiques ont tous été dus à cette coupe massive. Mais il ont mis les créanciers de l'Allemagne en difficulté, leur laissant le soin de faire face aux conséquences financières de l'occupation allemande.

En effet, l'accord de Londres sur la dette différait la question des réparations de guerre - y compris le remboursement des dettes de guerre et les contributions imposées par l'Allemagne pendant la guerre - à une conférence qui se tiendrait après la réunification du pays. Cette conférence n'a jamais eu lieu: depuis 1990, les Allemands ont toujours refusé de rouvrir cette boîte de Pandore. Une telle compensation, qui a été versée pour les travailleurs forcés, par exemple, a été acheminée par les ONG pour éviter de créer des précédents. Seul un pays a lancé ouvertement un défi et a essayé d'obtenir réparation devant les tribunaux: la Grèce.

Il a peut-être été sage, ou peut-être pas, de remettre la question des réparations et autres revendications non réglées envers l'Allemagne à l'après 1990. À l'époque, les Allemands ont fait valoir que tout projet de loi éventuel dépasseraient les ressources du pays, et que continuer la coopération financière en Europe,serait infiniment préférable. C'était un point de vue. Mais le moment est venu pour l'Allemagne d'honorer sa promesse, d'agir avec sagesse et de "tenir le taureau loin du magasin de porcelaine".

Albrecht Ritschl (guardian, 21 juin 2011)

291x200_131885234654.jpg                                      dessin de Soloup dans To Pontiki

Papandreou : Et jusqu'à quand sera en vigueur la contribution pour la cession de notre richesse nationale ?

Merkel : Jusqu'à l'épuisement de vos réserves.

[à gauche, les ports, aéroports, déjà vendus - à droite ce qui reste à vendre : immobilier, fonction publique, soleil...]

 [mallette de la troïka : "versement"]