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OULIPIA

Textes en français et en grec

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samedi, 12 mai 2012

Andromède

*

SeferisΓιώργος Σεφέρηςévoque dans ce poème le mythe d'Andromède, liée à un rocher pour être dévorée par le monstre.

En nos tristes temps où la Grèce, une fois de plus, frémit au bord du gouffre, y aura-t-il un Persée pour la délivrer ?

Theodorakis a mis en musique le poème de Seferis. A écouter ici, par Maria Farandouri.

*

En ma poitrine à nouveau la plaie s'ouvre

Quand les étoiles descendent et s'unissent à mon corps

Quand tombe le silence sous les semelles des hommes.






Ces pierres qui plongent au fond des années, jusqu'où me tireront-elles ?

La mer, la mer, qui pourra l'épuiser ?

A chaque aube je vois les mains qui font signe au faucon, au vautour ;

liée sur ce rocher qui devint mien par ma douleur,

je vois les arbres qui respirent la noire quiétude des trépassés

puis les sourires, qui ne s'ouvrent plus, des statues.

(Mythologie, 1933-1934)

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Στὸ στῆθος μου ἡ πληγὴ ἀνοίγει πάλι

ὅταν χαμηλώνουν τ᾿ ἄστρα καὶ συγγενεύουν μὲ τὸ κορμί μου

ὅταν πέφτει σιγὴ κάτω ἀπὸ τὰ πέλματα τῶν ἀνθρώπων






Αὐτὲς οἱ πέτρες ποὺ βουλιάζουν μέσα στὰ χρόνια ὡς ποῦ θὰ μὲ παρασύρουν;

Τὴ θάλασσα τὴ θάλασσα, ποιὸς θὰ μπορέσει νὰ τὴν ἐξαντλήσει;

Βλέπω τὰ χέρια κάθε αὐγὴ νὰ γνέφουν στὸ γύπα καὶ στὸ γεράκι

δεμένη πάνω στὸ βράχο ποὺ ἔγινε μὲ τὸν πόνο δικός μου,

βλέπω τὰ δέντρα ποὺ ἀνασαίνουν τὴ μαύρη γαλήνη τῶν πεθαμένων

κι ἔπειτα τὰ χαμόγελα, ποὺ δὲν προχωροῦν, τῶν ἀγαλμάτων.

12/15 Mai : "Occupy !"

*

Aujourd'hui, 12 Mai 2012, les Indignés appellent à prendre les rues et les places, pour dire NON aux puissances de la Phynance qui broient les peuples, pour résister et réclamer une véritable Démocratie, dans un monde où partout on veut la confisquer aux citoyens.

En Espagne, Aux USA, en Russie, en Grèce, en France... un mot d'ordre : " Occupy ! " Voir le site du mouvement, ici.

 Pour tous les pays impliqués dans ce mouvement mondial, Live streams ici.

A suivre aussi sur Twitter avec les  hashtags     

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lundi, 7 mai 2012

Le Vent tourne en Europe

*

Coup de tonnerre en Grèce : malgré les pressions massives des médias, martelant la peur du chaos, les électeurs ont voté à 70 pour 100 contre l'austérité imposée par les valets des créanciers du pays.

Le Syriza, équivalent de Die linke en Allemagne ou du Front de Gauche en France, est à cent mille voix près le Premier Parti en nombre de voix... mais la loi électorale est si astucieuse, que  la Nouvelle Démocratie recueille deux fois plus de sièges que lui.

Etant une coalition, il n'aurait pas le droit, même en tête, de bénéficier du "bonus" de 50 sièges - qui s'applique pour la première fois dans de telles proportions - réservé, sur une assemblée de 300, au "Premier Parti".  C'est ainsi que la Nouvelle Démocratie (parti de droite pro-austérité) domine.

Pourtant, même s'il s'alliait avec le seul autre parti pro-austérité de la nouvelle assemblée - le PASOK "socialiste", il n'atteint pas la majorité absolue.

Les néo-nazis, qui remplacent au nouveau parlement une autre extrême-droite sans doute punie de sa participation (éphémère) au gouvernement du banquier Papadimos,  se sont faits remarquer hier en exigeant que les journalistes se lèvent pour saluer leur Chef. Ils ont refusé, moyennant quoi la presse grecque a été chassée de la salle, où le leader en question a aboyé sa haineuse déclaration devant les seuls journalistes étrangers. De beaux jours en perspective à la Vouli...  

On ne sait pas, à cette heure, si le pays ira vers de nouvelles élections très vite, ou si une "combinaison" pro-mémorandum, pro-troïka va être malgré tout bricolée en haut lieu. Un choix qui serait à haut risque : le pays a crié clairement hier, quoique de façon hélas trop éparpillée, son refus massif du calvaire qu'au nom d'une certaine conception de l'Europe on lui impose depuis deux ans.

L'élection de Hollande en France sera-telle à la hauteur des espoirs qu'elle suscite, en ce qui concerne l'attitude à opposer à l'Allemagne ?

A la double lumière du vote des Français et du vote des Grecs, le discours d'Alexis TSIPRASΑλέξης Τσίπρας, chef du SYRIZA, hier encore traité par les médias grecs avec tant de condescendance, devient, du jour au lendemain, une direction envisageable pour l'Europe. Les journalistes, comme toujours girouettes soumises au vent qui change, se découvrent soudain de l'impertinence envers le vieux PASOK à terre, et tentent de parler à TSIPRAS presque comme à un adulte, avec qui il va falloir, peut-être, compter.

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dimanche, 6 mai 2012

OUF !

*

Comme beaucoup ce soir en France, je respire un peu mieux.

Non que j'attende merveilles du "tombeur" du président sortant... vaincu avant tout par sa médiocrité sidérale. Au-delà des clivages idéologiques, au-delà de la captation de notre bien public au profit de son clan de milliardaires, au-delà de la dissémination putassière de la xénophobie la plus primaire, sa vulgarité, son inculture, son comportement parfois digne de ces "voyous" qu'il aime tant dénoncer, nous ont fait honte sur la scène internationale.

Comment supporter l'image d'un Président de la République, si prompt à enfumer les naïfs de discours moralisateurs, filmé en train de voler le luxueux stylo qu'on vient de lui prêter pour signer un accord commercial en Roumanie - épisode qui conduisit  Madame Merkel à lui en offrir un  peu après... pour lui éviter les tentations, sans doute.

Oublions au plus vite ces cinq années consternantes, avilissantes.

En Europe, un tournant est-il maintenant possible ? La donne va-t-elle changer ? Y-a-t-il un espoir pour nous tous, de résister à cette entreprise de rabaissement des peuples au service de la Phynance, qui est à l'oeuvre ?

... En attendant, comme je ne suis pas homme politique, je fais ce que j'avais dit : voici l'affiche de campagne de l'éjecté, enfin nettoyée !

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mercredi, 25 avril 2012

18 Chansons de la Patrie amère

*

Giannis Ritsos a écrit 16 des 18 λιανοτράγουδα της πικρής πατρίδας (18 Menues-Chansons de la Patrie amère) en 1968, alors qu'il se trouvait en déportation - une fois de plus ! Au moment de la Junte, il  refusa de se cacher, et en accepta les conséquences. 

Le but de ces petits textes était que son ami Theodorakis les mette en chansons - ce qui fut fait... et Ritsos ne voulait pas qu'on les traduise - ce qui ne fut pas fait. Devant l'avalanche de transpositions dans plusieurs langues (40 à ce jour), il finit par donner son accord. 

Elles ont été chantées d'abord par les artistes exilés pendant la Junte, puis en Grèce à la chute de la dictature.

*

1. Nouveau baptême


De paroles pauvres ils se baptisent dans l'amertume et dans les pleurs

à tire d'aile les oiseaux s'envolent et ils chantent



Et ce verbe caché de la liberté, ce verbe

au lieu d'ailes tire l'épée et fend les airs.



2. Causette avec une fleur



Cyclamen, cyclamen aux déchirures du roc

où as-tu trouvé des couleurs pour fleurir, où une tige pour frémir ?


A l'intérieur du roc j'ai ramassé le sang goutte à goutte

j'en ai tissé, rose, mon foulard et à présent je cueille du soleil.






3. Attente


Ainsi avec l'attente les nuits ont tant grandi

que le chant s'est enraciné et élevé comme un arbre


Et les emprisonnés, et au loin tous les exilés

poussent une amère plainte : naît une feuille de peuplier.






4. Peuple


Petit peuple qui combat sans épées et sans balles

pour le pain de tout le monde pour la lumière et le chant


Sous sa langue il retient gémissements et vivats

et s'ils se met à les pousser ils fendent les rochers.






5. Commémoration


Dans un coin se tient le grand-père dans l'autre dix petits-enfants

et sur la table neuf bougies plantées dans la miche de pain.


Des mères s'arrachent les cheveux et les enfants se taisent

et par le fenestron la Liberté regarde et elle soupire.






6. Aube



Toute grâce toute lumière petite aube printanière,

qui a des yeux, qu'il te regarde et te dise "bienvenue"



Deux charbons dans l'encensoir et deux fèves d'encens

et une croix de suie au linteau de la patrie.






7. Ca ne suffit pas


Respectueux et taciturne il admirait la Création

et l'épée l'a foudroyé et comme un lion il a rugi.


Maintenant ne lui suffisent plus la voix ni la malédiction

pour parler juste il lui faut le fusil. 






8. Jour vert


Jour vert éclatant de lumière beau versant jonché

de myrtes et coquelicots, de bêlements et de sonnailles


La fille fabrique son trousseau et le jeune fabrique des paniers

et les boucs le long de l'eau paissent le sel blanc.






9. Célébration


Sous les peupliers, de compagnie, oiseaux et capetanios

avec le Mai ont commencé la célébration.


Les feuilles luisent, cierges sur l'aire de la patrie,

et de là-haut, un aigle lit l'Evangile.





10. L'eau


Ce très peu d'eau du rocher consacrée par le silence

par l'affût de l'oiseau, l'ombre du laurier,


En cachette la boivent les maquisards et ils lèvent la tête

comme le moineau et bénissent leur mère pauvre, la Grèce.







11. Cyclamen



Petit oiseau de rose attaché d'un brin de fil

avec ses ailes frisottées qui volette dans le soleil



Si tu le regardes une fois il te sourira

si tu le regardes deux ou trois tu commenceras la chanson.








12. Maigres jeunes filles


Sur le rivage des jeunes filles maigres ramassent le sel,

très courbées, très amères - elles ne regardent pas la mer



Une voile, blanche voile, leur fait signe dans l'azur

et de ce qu'elles ne l'ont pas remarquée, elle noircit de chagrin.







13. La Chapelle blanche


La chapelle blanche sur le versant bien face au soleil,

de sa petite fenêtre étroite fait feu


Et sa cloche attachée haut dans le platane,

elle l'accorde toute la nuit pour la fête de Saint Peuple.







14. Pierre tombale


Le Brave qui est tombé la tête haute

la terre humide ne le recouvre pas, le ver ne le touche pas



La croix : une aile dans son dos et il s'élance toujours plus haut

et se joint aux aigles puissants et aux anges dorés.






15. Ici la lumière


Sur ces marbres ici la mauvaise rouille ne tient pas

ni la chaîne aux pieds du Grec - et du vent.


Ici la lumière, ici le rivage, langues d'or et d'azur,

sur les rochers des cerfs tranchent et mâchent les fers.






16. La Construction


Cette maison comment la construire, les portes, qui les mettra,

quand il y a si peu de bras et que les pierres sont écrasantes ?


Ne t'en fais pas : au travail, les bras se font plus forts et nombreux

et n'oublie pas : toute la nuit, les défunts nous aident aussi.







17. Voué


Ici se taisent les oiseaux, les cloches se taisent aussi

et le Grec avec ses morts lui aussi se tait.



Et sur la pierre du silence il aiguise ses griffes,

solitaire et sans aide, voué à la liberté.








18. Ne pleure pas la Grécité


Ne pleure pas la grécité, quand elle va plier,

le couteau dans l'os et la laisse au cou,


La revoilà qui s'élance et se renforce et se déchaîne,

et harponne le fauve du harpon du soleil.


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1. Αναβάφτιση  
   

Λόγια φτωχά βαφτίζονται στην πίκρα και στο κλάημα

βγάζουν φτερά και πέτονται πουλιά και κελαηδάνε

*

Και κειος ο λόγος ο κρυφός τής λευτεριάς ο λόγος

αντίς φτερά βγάζει σπαθιά και σκίζει τους αγέρες

***

2. Κουβέντα με ένα λουλούδι 

    

Κυκλάμινο-κυκλάμινο στου βράχου τη σχισμάδα

πού βρήκες χρώματα κι ανθείς πού μίσχο και σαλεύεις

*

Μέσα στο βράχο σύναξα το γαίμα στάλα-στάλα

μαντήλι ρόδινο έπλεξα κι ήλιο μαζεύω τώρα

***

3. Καρτέρεμα  
  

Έτσι με το καρτέρεμα μεγάλωσαν οι νύχτες

που το τραγούδι ρίζωσε και ψήλωσε σαν δέντρο

*

Κι αυτοί μες απ' τα σίδερα κι αυτοί μακριά στα ξένα

κάνουν πικρό να βγάλουν το "αχ" και βγαίνει φύλλο λεύκας

***

4. Λαός
    

Μικρός λαός και πολεμά δίχως σπαθιά και βόλια

για όλου του κόσμου το ψωμί το φως και το τραγούδι

*

Κάτω απ' τη γλώσσα του κρατεί τους βόγγους και τα ζήτω

κι αν κάνει πως τα τραγουδεί ραγίζουν τα λιθάρια

***

5. Μνημόσυνο  

Στη μια γωνιά στέκει ο παππούς στην άλλη δέκα εγγόνια

και στο τραπέζι εννιά κεριά μπηγμένα στο καρβέλι

*

Μάνες τραβάνε τα μαλλιά και τα παιδιά σωπαίνουν

κι απ' το φεγγίτη η Λευτεριά τηρά κι αναστενάζει

***

6. Αυγή     

Λιόχαρη Μεγαλόχαρη της άνοιξης αυγούλα

και που 'χει μάτια να σε ιδεί να σε καλωσορίσει

*

Δυο κάρβουνα στο θυμιατό και δυο κουκιά λιβάνι

κι ένας σταυρός από καπνιά στ' ανώφλι της πατρίδας

***

7. Δε φτάνει     

Σεμνός και λιγομίλητος εθαύμαζε την πλάση

κι η σπάθα τον κεραύνωσε κι ως λιόντας εβρυχήθη

*

Τώρα δε φτάνει του η φωνή δε φτάνει του η κατάρα

για να λαλήσει το σωστό του πρέπει καριοφίλι

***

8. Πράσινη μέρα  
   

Πράσινη μέρα λιόβολη καλή πλαγιά σπαρμένη

κουδούνια και βελάσματα μυρτιές και παπαρούνες

*

Η κόρη πλέκει τα προικιά κι ο νιος πλέκει καλάθια

και τα τραγιά γιαλό-γιαλό βοσκάνε τ' άσπρο αλάτι

***

9. Συλλείτουργο    
 

Κάτω απ' τις λεύκες συντροφιά πουλιά και καπετάνιοι

συλλείτουργο αρχινήσανε με τον καινούργιο Μάη

*

Τα φύλλα φέγγουνε κεριά στ' αλώνι της πατρίδας

κι ένας αϊτός από ψηλά διαβάζει το Βαγγέλιο

***

10. Το νερό  

   

Του βράχου λιγοστό νερό απ' τη σιωπή αγιασμένο

απ' το καρτέρι του πουλιού τη σκιά της πικροδάφνης

*

Κρυφά το πίνει η κλεφτουριά και το λαιμό σηκώνει

σαν το σπουργίτι και βλογά τη φτωχομάνα Ελλάδα

***

11. Το κυκλάμινο    
 

Μικρό πουλί τριανταφυλλί δεμένο με κλωστίτσα

με τα σγουρά φτεράκια του στον ήλιο πεταρίζει

*

Κι αν το τηράξεις μια φορά θα σου χαμογελάσει

κι αν το τηράξεις δυο και τρεις θ' αρχίσεις το τραγούδι

***

12. Λιγνά κορίτσια    
 

Λιγνά κορίτσια στο γιαλό μαζεύουνε τ' αλάτι

σκυφτά πολύ, πικρά πολύ - το πέλαο δεν το βλέπουν

*

Κ' ένα πανί, λευκό πανί, τους γνέφει στο γαλάζιο

κι απ' το που δεν το αγνάντεψαν μαυρίζει απ' τον καημό του

***

13. Τ' άσπρο ξωκλήσι
    

Τ' άσπρο ξωκλήσι στην πλαγιά κατάγναντα στον ήλιο

πυροβολεί με το μικρό στενό παράθυρό του

*

Και την καμπάνα του αψηλά στον πλάτανο δεμένη

την εκουρντίζει ολονυχτίς για του Αη Λαού τη σκόλη

***

14. Επιτύμβιο

    

Το παλικάρι που 'πεσε με ορθή την κεφαλή του

δεν το σκεπάζει η γης ογρή σκουλήκι δεν τ' αγγίζει

*

Φτερό στη ράχη του ο σταυρός κι όλο χυμάει τ' αψήλου

και σμίγει τους τρανούς αϊτούς και τους χρυσούς αγγέλους

***

15. Εδώ το φως  

 

Σε τούτα εδώ τα μάρμαρα κακιά σκουριά δεν πιάνει

μηδέ αλυσίδα στου Ρωμιού και στου αγεριού το πόδι

*

Εδώ το φως εδώ ο γιαλός χρυσές γαλάζιες γλώσσες

στα βράχια ελάφια πελεκάν τα σίδερα μασάνε

***

16. Το χτίσιμο    
 

Το σπίτι αυτό πώς θα χτιστεί τις πόρτες ποιος θα βάλει

που 'ναι τα χέρια λιγοστά κι ασήκωτες οι πέτρες

*

Σώπα τα χέρια στη δουλειά τρανεύουν κι αυγαταίνουν

και μην ξεχνάς ολονυχτίς βοηθάν κι οι αποθαμένοι


***

17. Ο ταμένος    
 

Εδώ σωπαίνουν τα πουλιά σωπαίνουν κι οι καμπάνες

σωπαίνει κι ο πικρός Ρωμιός μαζί με τους νεκρούς του

*

Και άπα στην πέτρα τής σιωπής τα νύχια του ακονίζει

μονάχος κι αβοήθητος της λευτεριάς ταμένος

***

18. Τη ρωμιοσύνη μην την κλαις  
   

Τη ρωμιοσύνη μην την κλαις εκεί που πάει να σκύψει

με το σουγιά στο κόκκαλο με το λουρί στο σβέρκο

*

Να τη πετιέται αποξαρχής κι αντρειεύει και θεριεύει

και καμακώνει το θεριό με το καμάκι του ήλιου.

Γιάννης Ρίτσος, Δεκαοχτώ λιανοτράγουδα της πικρής πατρίδας

lundi, 23 avril 2012

Eleni ( Η Ελένη )

*

Il est vain de vouloir rendre dans une traduction  la grâce de cette chanson d'Elytis, Οδυσσέας Ελύτης,  construite en grec sur la seule rime "i". Pourtant, je "commets" une transposition (Elytis lui-même avait bien "osé" traduire Rimbaud...). Ιl faut écouter cette chanson, avec la musique délicieuse de Linos Kokotos  - Λίνος Κόκοτος - ici.

*


Elle levait la cage par là par ci

et le soleil venait aussi

allumer son visage, merveille,

par là par ci

chaque dimanche le soleil.




Elle appelait dans la cour et psit et psit

et le chat la patte en l'air

pour saisir dans ses prunelles

et psit et psit

le doré de leur éclair.




Elle montait les marches et pas à pas

les bras chargés de toilettes

et les anges disaient la voilà

et pas à pas

notre petite soeur cadette.




Blanc jasmin aérien et rien et rien

étoile du soir secrète

emportez-moi dans la Crète

et rien et rien

et ne me demandez rien.



elytis02.jpg                                                       Collage d'Elytis


Σήκωνε το κλουβί μια δω μια κει

κι ο ήλιος πήγαινε απ' την άλλη

Ν'ανάψει τ' όμορφο κεφάλι

μια δω μια κει

ο ήλιος κάθε Κυριακή


Φώναζε στην αυλή και ψι και ψι

κι ο γάτος σήκωνε ποδάρι

Μέσα απ' τα μάτια της να πάρει

και ψι και ψι

την αστραπή τους την χρυσή


Πήγαινε ν' ανεβεί σκαλί σκαλί

την αγκαλιά ρούχα γεμάτη

Κι έλεγαν οι αγγέλοι νά'τη

σκαλί σκαλί

τη πιο μικρή μας αδερφή


Κάτασπρο γιασεμί και μι και μι

και μυστικέ μου αποσπερίτη

πάρτε με πάρτε με στην Κρήτη

και μη και μη

και μη ρωτάτε το γιατί

dimanche, 22 avril 2012

L'Imposture du FN "parti du Peuple"

*

La  riche héritière candidate du Front National à l'élection présidentielle a aujourd'hui, 22 avril 2012, récolté 30% des suffrages des ouvriers. Pourtant, dans la vraie vie, ce n'est certainement pas du côté du Peuple que ce parti s'engage quand il s'agit de luttes sociales... Article de Sophie Chapelle pour BastamagCreative Commons License

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IMPOSTURE

Pourquoi Marine Le Pen et le FN se moquent des ouvriers

PAR SOPHIE CHAPELLE (20 AVRIL 2012)

Marine Le Pen se dit la candidate des classe populaires, notamment des ouvriers. De belles paroles contredites dans les faits par l’attitude du FN et de ses élus : le FN refuse de soutenir des ouvriers en lutte pour leur emploi, plaide pour une réforme néolibérale des retraites et refuse toute augmentation du Smic. Ses leaders préfèrent, comme Sarkozy, s’en prendre aux syndicats.

En octobre 2010, les 24 élus frontistes du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, dont Jean-Marie le Pen, refusent de voter une motion [1] de « solidarité avec les salariés de Fralib » proposée par la gauche. Ce texte, à l’initiative du Front de gauche, dénonce le « cynisme » des dirigeants de la filiale, qui laissent 182 salariés sur le carreau (lire notre reportage« alors que le groupe Unilever France a reversé à ses actionnaires plus d’un milliard d’euros de dividendes entre 2007 et 2008 »« La région soutiendra les salariés du site dans leur combat face à ce projet indigne », conclut le vœu de soutien. La motion est votée à l’unanimité, du Front de gauche à l’UMP, sous le regard des salariés, présents dans les tribunes du conseil régional. Le FN choisit de ne pas participer au vote.

Le FN contre les syndicats

Dans la bouche des responsables et élus frontistes, les mêmes mots reviennent pour fustiger un « vœu hypocrite » de la part du « système UMPS »« pompiers pyromanes »« responsable de cette situation », raconte une journaliste deMediapart. Mais la pirouette pour éviter le vote passe mal chez les salariés en lutte contre la fermeture de leur entreprise. « Quand ces salariés ont su ce qui s’était passé au conseil régional, ils ont compris que le FN est du côté du patron et pas de notre côté »résume Olivier Leberquier, délégué syndical CGT de Fralib. En dehors de ces dernières semaines électorales, Marine Le Pen s’est toujours abstenue de soutenir les différents mouvements de grèves ou les manifestations ouvrières. Pire, elle les a parfois combattus.

Lors du mouvement contre la réforme des retraites, Marine Le Pen déclare :« Ensemble, gouvernement et syndicats jettent la France dans le chaos. Voilà deux semaines que la France s’installe dans le chaos, entre grève, manifestations et blocus. La tolérance zéro doit s’appliquer à tous les émeutiers ». Les déclarations du FN dénoncent régulièrement les mobilisations syndicales. À l’instar des propos de Bruno Gollnisch, ancien délégué général du FN, aujourd’hui conseil régional en Rhône-Alpes, qui considère que « le sabotage de l’économie française caractérise l’action des dirigeants de la CGT. Ces blocages frappent avant tout les salariés qui se rendent à leur travail, les entreprises et menacent l’emploi. La CGT doit être rendue pénalement responsable, ses dirigeants doivent en répondre », proposait-il le 4 novembre 2010.

Le FN contre la retraite par répartition

Sur les retraites, le FN joue les girouettes. Fin janvier 2012, Jean-Marie Le Pen se déclare favorable à un relèvement de l’âge de la retraite à 65 ans. Quid des salariés usés par des longues carrières ou des métiers pénibles ? De son côté, sa fille promet de rétablir le droit à la retraite à taux plein à 60 ans avec 40 annuités... Dans le programme du Front National, pas une ligne ne mentionne le retour de l’âge du départ à la retraite à 60 ans. La faute à une « erreur de plume » se défend Marine Le Pen. Abandonnant toute référence à l’âge légal, le FN joue l’ambiguïté en promouvant une retraite à la carte. Et défend le passage à la retraite par capitalisation, qui ne profitera qu’à ceux qui peuvent épargner pour leurs vieux jours, donc aux salariés les mieux payés. Marine Le Pen propose également d’abaisser l’âge de l’apprentissage à 14 ans. Ré-installer le travail des enfants, en voilà une bonne idée !

La riposte est venue notamment des syndicats. Dans un courrier de mars 2011, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, dénonce [2« l’exploitation par le FN des peurs et de la précarité sociale ». En présentant l’immigré comme le responsable de tous les maux, le Front national détourne « l’attention des véritables causes de l’exploitation dont les salariés, quelle que soit leur origine, sont victimes » et contribue pour le syndicaliste« à entretenir le système tant décrié ». Alors que les inégalités de patrimoine n’ont cessé de s’accroître depuis 2004, Marine Le Pen demeure par principe contre l’augmentation du Smic, qu’elle assimile à « une mesurette ». Elle s’oppose aussi à l’idée d’un salaire maximum pour les grands patrons.

Marine Le Pen, « l’héritière »

Celle qui se présente comme « une candidate incorruptible dans une classe politique vendue et corrompue » poursuivait en diffamation Eva Joly. La candidate écologiste avait déclaré le 10 avril sur RMC et BFM TV : « Elle est l’héritière de son père milliardaire par un détournement de succession ». Le tribunal de Paris a relaxé la candidate le 19 avril, estimant que ces propos visaient Jean-Marie Le Pen et non sa fille [3]. Depuis 25 ans, Jean-Marie Le Pen cumule les ennuis avec le fisc, comme l’ont révélé plusieurs articles du Canard enchaîné. En décembre 2005 par exemple, le Conseil d’État estime que le dirigeant frontiste est coupable non seulement de détournement du système fiscal mais aussi de mauvaise foi, lui qui a une ardoise fiscale estimée fin 2004 à 750 000 euros.

Marine Le Pen a immédiatement fait appel de la décision du Tribunal de Paris. Le procès se tiendra samedi 21 avril à 10h devant la cour d’appel de Paris. La décision devrait être rendue samedi dans la soirée, à la veille du 1er tour. À défaut de s’occuper des vrais sujets de fond, la candidate du FN a choisi une bataille juridique, qui lui permet de se présenter comme victime, pour occuper ses dernières heures de campagne électorale.

Sophie Chapelle

Photo : source

Notes

[1Télécharger la motion de soutien aux salariés de Fralib

[2Télécharger le courrier

[3] Eva Joly faisait notamment référence au testament signé dans les années 1970 au profit de Jean-Marie Le Pen par Hubert Lambert, héritier d’une dynastie industrielle, pour lequel le fondateur du FN nie toute fraude.


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Nous sommes tous des Indicateurs de Compétitivité

*

La Rédaction de bastamag  propose un bilan du Quinquennat actuel en France.

*


Creative Commons License

Évalués, comparés, rentabilisés... Jamais, avant le quinquennat Sarkozy, les salariés, les fonctionnaires, le travail ou les services publics n’auront été autant réduits à des chiffres, des performances et des baromètres. Au service d’une seule cause : la sacro-sainte compétitivité.

Chiffre : Mode d’évaluation privilégié par l’équipe Sarkozy au temps du capitalisme financier. Il prétend juger de toute activité humaine, alors qu’il n’est qu’une nouvelle servitude imposée à l’individu en lieu et place de la recherche de la valeur de son activité dans la relation aux autres.

Comme un symbole, les cinq ans au pouvoir de l’équipe Sarkozy se sont ouverts sur l’affirmation du « travailler plus pour gagner plus ». Immense détournement de la valeur du travail réduite à une quantité sans « valeur d’usage », sans utilité sociale, pour suggérer un rapport direct entre quantité de travail et rémunération comme fruit du « mérite » de… se tuer au travail.

Ce quinquennat, plus que tout autre, a vu le chiffre régner en maître, en principe absolu d’action et d’évaluation – de la LOLF (loi organique relative aux lois de finance), aux indicateurs de gestion des activités et des personnels appuyés sur les conclusions du Conseil de l’Europe tenu à Lisbonne (appelée « stratégie de Lisbonne »), en passant par la Révision générale des politiques publiques (RGPP), la normalisation en mètre carré de l’occupation des bureaux, ou encore le nombre de salariés dans l’administration.

Imposer à tout un chacun de faire du chiffre, c’est in fine détourner chacun de l’intérêt général et de la nature même de son travail. Le chercheur ne doit être payé que lorsqu’il publie, l’enseignant pour sa seule présence face aux élèves, le comédien uniquement pendant la représentation, le médecin à partir du nombre d’actes qu’il réalise, le policier quand il augmente le nombre de gardes à vue (plus 62 % entre 2002 et 2010), le préfet quand il reconduit à la frontière des immigrés, le journaliste en fonction de la part de marché qu’il a conquis dans l’audimat.

Une telle perte de sens de l’activité se traduit, on le sait, par des suicides dans les administrations publiques comme dans des entreprises privées.

Il va de soi que seul le ratio coût/efficacité financière est pris en compte dans l’évaluation par le chiffre et qu’il s’agit là d’une notion issue de l’entreprise privée concurrentielle appliquée à toute la société, y compris à des domaines publics dont l’action consiste dans le partage de biens communs de l’humanité. Toute activité doit être conforme aux règles du marché, dans un monde conçu comme une accumulation de richesses et de marchandises. Cette façon de penser l’activité humaine trouve bien sûr son paroxysme dans la création des agences de notation, qui « chiffrent » les dettes des États en fonction de leur perspective de spéculation sur les marchés financiers, et finissent par devenir les véritables détenteurs du pouvoir politique.

Compétitivité : Impératif selon lequel les salaires et les cotisations sociales devraient être revus constamment à la baisse.

Dès le début des cinq années de pouvoir de l’équipe Sarkozy, la compétitivité a été un thème récurrent ayant pour fonction de justifier toutes les régressions sociales : la casse du Code du travail, de la retraite par répartition, le démantèlement des 35 heures… Les 71 « pôles de compétitivité », créés en 2004 sous le gouvernement Raffarin (alors que Nicolas Sarkozy était ministre de l’Économie et des Finances) – soit-disant pour lutter contre les délocalisations, ont vu, en juin 2008, leur reconduction pour trois ans pour un coût de 1,5 milliard d’euros. À cette occasion, le Premier ministre François Fillon a exprimé la philosophie du projet : « L’innovation, c’est la rencontre de trois acteurs : les universités, les organismes publics de recherche et les entreprises. Et le rôle des pouvoirs publics, c’est de faciliter cette synergie. » Traduire : faciliter la subordination de l’Université et de la recherche publique à l’entreprise… Quant à la logique de guerre commerciale prônée au plan international, elle doit s’appliquer sur tout le territoire, dans une généralisation de la concurrence de tous contre tous.

Toujours selon François Fillon, « les pôles de compétitivité ne peuvent fonctionner que si l’on accepte qu’il y ait des réussites et des échecs ». Les salariés concernés par les « échecs » apprécieront…

Autre version de l’antienne de la compétitivité : en février 2011, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont lancé dans le cadre d’un Conseil européen (initialement destiné à l’énergie et l’innovation) leur projet de « pacte de compétitivité » pour les pays de la zone euro, appelé « Pacte euro plus ». L’objectif était de donner des gages accrus aux marchés financiers. Pour y arriver, Berlin et Paris ont mis en avant l’objectif d’une plus grande convergence des politiques nationales en matière fiscale et budgétaire. On trouve là le point de départ du projet d’interdire les déficits publics, en l’inscrivant dans le marbre des Constitutions nationales (la fameuse « règle d’or »), la suppression des indexations des salaires selon l’inflation, et l’ajustement des systèmes de retraites sur l’évolution démographique. Compétitivité et austérité pour les peuples marchent de concert…

 

Quel bilan dresser du quinquennat qui se conclut ? En partenariat avec la Fondation Copernic, qui regroupe des syndicalistes, des acteurs des mouvements sociaux et des chercheurs, Basta ! vous propose chaque jour un abécédaire des « maux » du quinquennat extrait du livre Sarkozy, bilan de la casse, aux éditions Syllepse [1].




Notes

[1] Collection "Les Notes et Documents de la Fondation Copernic", février 2012.

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samedi, 21 avril 2012

In Memoriam Lambrakis ("Ζει!")

*

Après les élections de 1961, où suivant la plaisanterie générale "même les arbres ont voté", la Grèce de Constantin Karamanlis subit une parodie de démocratie à l'ombre des USA.

Un "état parallèle" d'extrême-droite  est niché dans les replis du Pouvoir, fonctionnant en coulisse dans les plus hautes sphères de l'Armée, de l'Administration, des Services de Sécurité.

Le 21 Avril 1963, Grigoris LambrakisΓρηγόρης Λαμπράκης - ancien résistant, professeur de médecine, député de Gauche (ΕΔΑ), organise de Marathon à Athènes une Marche pour la Paix, que Karamanlis interdit.

Les participants sont environ 3 000 ; pas moins de 10 000 membres des forces de police sont dépêchés pour arrêter ces fâcheux avant qu'ils atteignent Athènes. Sur le trajet, des habitants des banlieues traversées tentent de s'opposer aux arrestations, mais finalement, la répression atteint son but. Malgré son immunité parlementaire, on boucle symboliquement Lambrakis lui-même pendant quelques heures, puis ça ira pour cette fois : ce n'est que partie remise.

Le 21 Mai 1963, Lambrakis va à Thessalonique. Il s'agit d'un rassemblement sur le thème : " Paix et désarmement à travers le monde entier et à travers la Grèce ".

Sous les yeux d'une Police impassible, les paramilitaires attaquent à coups de pierres Lambrakis et ses amis. Les slogans sont : " A bas la paix", "On veut la Guerre", et, plus précis : "Lambrakis tu vas mourir".

Dans son discours, l'intéressé rappelle son statut de Député, dénonce le projet d'assassinat dont il fait l'objet et demande la protection des Autorités.

A sa sortie de la salle, la Police a évacué le public et interdit la circulation sur tout son trajet vers l'hôtel. Pourtant, un triporteur surgit à grande vitesse avec deux hommes à bord. Le passager frappe Lambrakis à la tête avec un pied de biche, jusqu'à ce qu'il s'écroule inanimé. Aucun policier n'intervient, ni pour pourchasser les agresseurs, ni pour porter secours.

Il meurt cinq jours après.

Lors du procès, en 1966, la thèse officielle sera "accident de la circulation". Pourtant, le jury, malgré les pressions, jugera "coupables" les deux hommes de main. Mais la Cour conclura qu'il n'y pas eu d'assassinat, et les peines seront légères. Quant aux officiers impliqués dans le complot, ils seront d'emblée mis hors de cause.

Le 28 Mai 1963, les funérailles de Lambrakis seront suivies par 500 000 personnes, aux cris de «Λαμπράκη ζεις, εσύ μας οδηγείς»,  (Lambrakis, tu vis, tu nous conduis"). La lettre "Z", pour "ζει" (il vit), devient un emblème de résistance, dont se couvrent les murs.

Vassilis Vassilikos  - Βασίλης Βασιλικός -  tirera un roman de l'affaire, et Costa-Gavras un film. Mikis Theodorakis prend la tête du mouvement fondé depuis peu : la jeunesse démocratique Lambrakis

Karamanlis, ébranlé par le scandale international, démissionne...

Mais le 21 Avril 1967, la Junte des Colonels prend le Pouvoir - et libère les assassins de Lambrakis.

En Grèce, c'est reparti pour sept ans de Dictature.

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                                   Funérailles de Grigoris Lambrakis

vendredi, 20 avril 2012

La nuit est venue sans lune - Νύχτωσε χωρίς φεγγάρι

*

En décembre 1944, l'armée anglaise tire à Athènes sur les manifestants grecs désarmés, faisant 28 morts. Les combats qui s'ensuivront, début de la Guerre Civile, et les arrestations de Résistants communistes, inspirent au jeune Apostolos KaldarasΑπόστολος Καλδάρας - une chanson, que la censure va "corriger". Voici la version qu'il a écrite, et plus bas, celle qui, enregistrée, est devenue un de ses plus grands succès. La référence à la prison est remplacée par la lune, et la "cellule" ( κελί ) est devenue... une bougie ( κερί ). 

Chanson à écouter ici.


*

[Version voulue par l'auteur]

*

Il fait nuit aussi dans la Tour

l'ombre s'étend profonde

et pourtant il y a un brave

qui ne peut pas s'endormir




Qu'est-ce qu'il peut bien attendre

depuis le soir au matin

devant son étroite fenêtre

qui éclaire la cellule ?




Une porte s'ouvre, une porte se ferme

par un double tour de clé.

Qu'est-ce qu'il a fait ce garçon,

pour qu'ils le jettent en prison ?

*

[Version "corrigée"]

*

La nuit est venue sans lune

l'ombre s'étend profonde

et pourtant il y a un brave

qui ne peut pas s'endormir




Qu'est-ce qu'il peut bien attendre

depuis le soir au matin

devant son étroite fenêtre

qu'il éclaire d'une bougie ?




Une porte s'ouvre, une porte se ferme,

avec un soupir lourd.

Si je pouvais deviner

le tourment de son coeur...

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Νύχτωσε και στο Γεντί 

το σκοτάδι είναι βαθύ,

Κι όμως ένα παλληκάρι 

δεν μπορεί να κοιμηθεί.

Άραγε τι περιμένει 

όλη νύχτα ως το πρωΐ

Στο στενό το παραθύρι, 

που φωτίζει το κελί.

Πόρτα ανοίγει, πόρτα κλείνει,

μα διπλό είναι το κλειδί,

Τι έχει κάνει και το 'ρίξαν 

το παιδί στη φυλακή.

***

Νύχτωσε χωρίς φεγγάρι

το σκοτάδι είναι βαθύ

κι όμως ένα παλικάρι

δεν μπορεί να κοιμηθεί



Άραγε τι περιμένει

απ' το βράδυ ως το πρωί

στο στενό το παραθύρι

που φωτίζει με κερί



Πόρτα ανοίγει πόρτα κλείνει

με βαρύ αναστεναγμό

ας μπορούσα να μαντέψω

της καρδιάς του τον καημό

Le Sergent Stamoulis - Ο Σταμούλης ο λοχίας

*

Les paroles de cette chanson populaire, signées Pythagoras, (Πυθαγόρας), font allusion - sur un mode léger - à la guerre d'Albanie (1940-1941), lors de laquelle les soldats grecs empêchèrent l'armée de Mussolini d'envahir le pays. 

Il faut l'écouter ici. (Ιnterprète : Yiannis Kalatzis - Γιάννης Καλατζής)

*

j'ai retrouvé à Amphilochia

le Sergent Stamoulis,

mon vieux copain de régiment,

avec les cheveux grisonnants.





Dans le temps à Tepelene,

gamins dans nos vingt années,

l'uniforme ensanglanté,

on courait pour la Liberté.

Maintenant à l'âge qu'on a,

on picole en restant cois...

Sergent, à quoi on est réduits,

qu'est-ce que tu es, et qu'est-ce que je suis ?



Comme on a changé Sergent,

regarde la photo d'avant...

l'ennemi invincible, Sergent,

pour nous tous c'est le Temps.


Dans le temps à Tepelene,

gamins dans nos vingt années,

l'uniforme ensanglanté,

on courait pour la Liberté.

Maintenant à l'âge qu'on a,

on picole en restant cois...

Sergent, à quoi on est réduits,

qu'est-ce que tu es, et qu'est-ce que je suis ?

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Βρήκα στην Αμφιλοχία

το Σταμούλη το λοχία,

παλιό μου συμπολεμιστή

με το κεφάλι του σταχτί.


Κάποτε στο Τεπελένι,

εικοσάχρονα παιδιά

με μια ματωμένη χλαίνη

τρέχαμε για λευτεριά.

Τώρα σ’ αυτή την ηλικία

πίνουμ’ αμίλητοι κρασί.

Πώς καταντήσαμε λοχία,

ποιος είμ’ εγώ, ποιος είσ’ εσύ;


Πώς αλλάξαμε λοχία,

κοίτα τη φωτογραφία.

Ο πιο ανίκητος εχθρός

είναι, λοχία, ο καιρός.

mardi, 17 avril 2012

Le Chiffonnier (Ο Παλιατζής)

*

On peut voir ici la vidéo de cette chanson à succès (paroles de Δημήτρης Γκούτης, Dimitris Goutis) enregistrée en 1970 par Stratos Dionysiou - Στράτος Διονυσίου.

*

Cette maison que tu vois sans lueur

ce soir attend le chiffonnier

qui ramassera ce qui a pu rester

d'un amour qu'a durement frappé

la noire rupture, ce malheur.





Prends ce que tu veux, chiffonnier,

d'un amour qui ne vit plus,

puisque ensemble on ne vit plus,

prends ce que tu veux, chiffonnier.





Prends ton sac et entre, chiffonnier,

j'ai tant de souvenirs pour le remplir ;

ramasse toutes mes dures résurgences du passé,

je n'ai pas la force de voir les vieilleries

qui me rappellent une étreinte évanouie.


Prends ce que tu veux, chiffonnier,...

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Αυτό το σπίτι που το βλέπεις σκοτεινό

τον παλιατζή απόψε νά ’ρθει περιμένει

για να μαζέψει ακόμα ό,τι μένει

από μια αγάπη που χτυπήθηκε σκληρά

από του μαύρου χωρισμού τη συμφορά


Πάρε ό,τι θέλεις, παλιατζή

από μια αγάπη που δε ζει

αφού δε ζούμε πια μαζί

πάρε ό,τι θέλεις, παλιατζή




Πάρ’ το τσουβάλι κι έλα μέσα, παλιατζή

έχω ενθύμια πολλά να το γεμίσεις

Μάζεψε όλες τις σκληρές μου αναμνήσεις

δεν έχω δύναμη να βλέπω τα παλιά

που μου θυμίζουν μια χαμένη αγκαλιά


Πάρε ό,τι θέλεις...

Γεια σας Κύριε Μητροπάνο!

*

Dimitris Mitropanos - Δημήτρης Μητροπάνος - vient de disparaître à 64 ans, après huit ans de lutte contre la maladie. La chanson populaire grecque perd en lui un de ses emblèmes les plus attachants.

Mitropanos était né pendant la Guerre Civile. Il se rêvait architecte. mais en ce temps-là, en Grèce, les études étaient interdites à ceux dont la famille... ne pensait pas bien... Il racontait ainsi ce qu'on lui avait dit alors à  la "Sécurité" : 

" Ecoute, ton père était Communiste, ton oncle Communiste : tu n'auras pas de "Certificat de Convictions Sociales". Alors trouve-toi un métier, et pour ce qui est d'étudier, laisse tomber..."

Je n'ai pas pleuré, je ne me suis pas mis en colère - racontait encore Dimitris - j'ai juste pensé : "d'accord, je ferai ce que je ferai... mais je réussirai ce que je ferai, pour vous montrer." Après, tous les jours, je prenais l'Avgi [journal de Gauche] sous le bras, je passais fièrement devant la Sécurité, comme pour leur dire : si vous osez, allez-y, bouclez-moi !"

Toute sa vie, il est resté communiste ; pourtant il refusait de "mélanger" ses convictions et la chanson : il voulait s'adresser à tous. Excepté, peut-être récemment Κατσαρόλα (Casserole), il n'a jamais chanté de texte engagé politiquement. Pour lui, la chanson populaire a pour objet "les choses qui s'en vont", le temps qui passe - les grands thèmes du lyrisme de toujours - dits avec les mots de tout le monde, toujours. 

Au revoir, Monsieur -  Γεια σας, Κύριε.



On peut entendre ici un "pot-pourri" en hommage au disparu.

(lire aussi le billet du blog de ma consoeur et amie Dornac)

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mercredi, 11 avril 2012

La Mère du Christ (Η Μάνα του Χριστού)

*

Kostas Varnalis - Κώστας Βαρνάλης - (1884-1974), était marxiste, ce qui ne l'a pas empêché (en 1922) d'écrire ce poème,  qu'il faut écouter ici lu en grec pour avoir une idée de la beauté des sonorités.

Il faut aussi écouter les extraits qu'en a chantés Maria Dimitriadi, Μαρία Δημητριάδη, ici.

*

Comme les rues embaument ainsi jonchées de palmes !

Rues foulées du soleil et jardins tout autour.

L'allégresse de la fête sans cesse encore s'accroît

et de loin vocifère et de loin se renforce.



Ton allégresse, mer de peuple, vague après vague,

les haines des autres depuis longtemps l'ont nourrie,

et si ta noire méchanceté a soif du crime,

voici qu'elle a pris sa victime, innocente victime !



Ah ! Mère, que j'aurais désiré moi aussi

(c'était un rêve qui est resté, vapeur qui erre)

t'avoir engendré comme tes autres frères,

à l'abri de la gloire et à l'abri des haines !



Une maisonnette rouge avec un puits dans la cour...

et une treille lourde de grappes ambrées...

Toi, bon chef de famille qui revient chaque soir,

soir doré, silencieux et suave comme l'huile.



Et quand tu ouvres la porte une scie à la main,

tes habits tout couverts de la fine sciure,

( blanche la barbe, blanches les mains) ta compagne, colombe,

qui inspire profond toute la brise du cèdre.



Et tu t'arrêtes un peu et la maison s'emplit

de ton ombre bénigne de Père et de Maître,

puis ton aimée qui tire et verse pour toi l'eau,

le repas impatient qui commence dans les rires.



Et centenaire la mort te viendrait comme du miel,

tu laisserais tant de pousses d'enfants et de petits,

à chacun de la terre, une vigne, un troupeau,

et cet atelier-là, que ton métier réclame.



Je baisse sur les yeux le voile noir

pour que l'esprit cesse de voir aussi par les yeux...

Les rossignols s'égaient dans les jardins autour,

une fine senteur de citronnier t'entoure.



Tu t'en vas là-haut au printemps, mon fils, si bon,

mon doux printemps chéri qui n'a pas de retour.

ta beauté s'est couchée, pâlie, mon fils,

tu ne parles pas, tu ne vois pas comme je m'arrache les cheveux !



Comme pleure la génisse quand on prend son petit,

je hurle et mes paroles n'ont pas de sens.

Fixe sur moi tes grands yeux.

Le sang coule des seins où tu as bu du lait.



Comme, si faible, s'est arrêté ton coeur !

Toi qui entrais, César, dans la claire Jérusalem !

Si les foules hurlaient frénétiques (hélas !)

elles ne savaient même pas encore ton nom !


Là-bas sur le côté, tes ennemis mordaient leurs lèvres.

En traîtres, ils ont remué les foules versatiles

et quand le soleil tombe et qu'arrive le soir,

ils ont cloué ta croix, ennemis et amis.



Mais pourquoi tu t'es laissé prendre ! Et aussi,

quand ils ont dit "Qui est le Christ ?", pourquoi tu as dit : "Moi !"

Ah ! Ma bouche amère ne sait plus ce qu'elle dit.

Trente années mon enfant, je ne te connais toujours pas.

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Photo de Hocine Zaourar, prise en 1997 après le massacre de Bentalha, où furent tués 252 Algériens.




Πώς οι δρόμοι ευωδάνε με βάγια στρωμένοι, 
ηλιοπάτητοι δρόμοι και γύρω μπαξέδες ! 
Η χαρά της γιορτής όλο πιότερο αξαίνει 
και μακριάθε βογγάει και μακριάθε ανεβαίνει.

Τη χαρά σου, Λαοθάλασσα, κύμα το κύμα, 
των αλλώνε τα μίση καιρό τήνε θρέφαν 
κι' αν η μαύρη σου κάκητα δίψαε το κρίμα, 
να που βρήκε το θύμα της, άκακο θύμα!

Α ! πώς είχα σα μάνα κι' εγώ λαχταρήσει 
(ήταν όνειρο κι' έμεινεν, άχνα και πάει) 
σαν και τ' άλλα σου αδέρφια να σ' είχα γεννήσει 
κι' από δόξες αλάργα κι' αλάργα από μίση !

Ένα κόκκινο σπίτι σ' αυλή με πηγάδι. . . 
και μια δράνα γιομάτη τσαμπιά κεχριμπάρι. . . 
νοικοκύρης καλός να γυρνάς κάθε βράδι, 
το χρυσό, σιγαλό και γλυκό σαν το λάδι.

Κι' άμ' ανοίγης την πόρτα με πριόνια στο χέρι, 
με τα ρούχα γεμάτα ψιλό ροκανίδι, 
(άσπρα γένια, άσπρα χέρια) η συμβία περιστέρι 
ν' ανασαίνη βαθιά τ' όλο κέδρον αγέρι.

Κ' αφού λίγο σταθής και το σπίτι γεμίση 
τον καλό σου τον ήσκιο, Πατέρα κι' Αφέντη, 
η ακριβή σου να βγάνη νερό να σου χύση, 
ο ανυπόμονος δείπνος με γέλια ν' αρχίση.

Κι' ο κατόχρονος θάνατος θάφτανε μέλι
και πολλή φύτρα θ' άφηνες τέκνα κι' αγγόνια
καθενού και κοπάδι, χωράφια κι' αμπέλι,
τ' αργαστήρι εκεινού, που την τέχνη σου θέλει.

Κατεβάζω στα μάτια τη μάβρην ομπόλια, 
για να πάψη κι' ο νους με τα μάτια να βλέπη. . . 
Ξεφαντώνουν τ' αηδόνια στα γύρω περβόλια, 
λεϊμονιάς σε κυκλώνει λεφτή μοσκοβόλια.

Φεύγεις πάνου στην άνοιξη, γιε μου, καλέ μου, 
άνοιξή μου γλυκιά, γυρισμό που δεν έχεις. 
Η ομορφιά σου βασίλεψε κίτρινη, γιε μου, 
δε μιλάς, δεν κοιτάς, πώς μαδιέμαι, γλυκέ μου!

Καθώς κλαίει, σαν της παίρνουν το τέκνο, η δαμάλα, 
ξεφωνίζω και νόημα δεν έχουν τα λόγια. 
Στύλωσέ μου τα δυο σου τα μάτια μεγάλα. 
Τρέχουν αίμα τ' αστήθια, που βύζαξες γάλα.

Πώς αδύναμη στάθηκε, τόσο η καρδιά σου 
στα λαμπρά Γεροσύλυμα Καίσαρας να μπης ! 
Αν τα πλήθη αλαλάζανε ξώφρενα (αλιά σου !) 
δεν ήξεραν ακόμα ούτε ποιο τ' όνομά σου !

Κει στο πλάγι δαγκάναν οι οχτροί σου τα χείλη. . .
Δολερά ξεσηκώσανε τ' άγνωμα πλήθη
κι' όσο ο γήλιος να πέση και νάρθη το δείλι,
το σταυρό σου καρφώσαν οι οχτροί σου κι' οι φίλοι.

Μα γιατί να σταθής να σε πιάσουν ! Κι' ακόμα 
σα ρωτήσανε : «Ποιός ο Χριστός;» τι πες «Να με !» 
Αχ ! δεν ξέρει τι λέει το πικρό μου το στόμα ! 
Τριάντα χρόνια, παιδί μου, δε σ' έμαθ' ακόμα !

 

dimanche, 8 avril 2012

Louez un Flic !

*

Toujours plus !

Le gouvernement grec a pris des dispositions pour financer la modernisation des infrastructures de sa célèbre et percutante Police.

Désormais; les flics sont... à louer.

30 euros de l'heure si vous voulez le modèle de base.

50 pour un avec moto, ou un avec chien dressé.

Pour un  avec bateau de patrouille, ça monte quand même à 200 euros.

Et si vous visez l'hélico, là, ça vous fera 1 500.

Mais certains manifestants s'intéressent déjà au premier prix : ils font savoir sur Twitter qu'ils envisagent d'en louer "deux ou trois mille, pour les protéger des autres" !

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                          La Poupée... "Batsie" ("flic" se dit "Batsos" en grec)

L'Arrivée (Τὸ φτάσιμο)

*

Un poème de Giorgos Drosinis, Γιώργος Δροσίνης (1859-1951).

*

Le jour déclinera quand nous arriverons

sur l'aire voilée d'ombre du village.

Blanches les maisonnettes se montreront

derrière le bout des branches des pins.


Au loin on entendra des bêlements d'agneaux

la cloche du soir tintera.

A la fontaine les boeufs iront boire,

les fours allumés fumeront.


Nous creuserons sur notre passage

les senteurs des épis moissonnés.

Et nous souhaiteront la "bienvenue"

des mains lourdes du labeur journalier.


En écartant du seuil

les épines du temps et les herbes folles,

de la vieille tour fermée nous ouvrirons

la lourde porte de métal.

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Θὰ βραδιάζει ἡ μέρα, ὅταν θὰ φτάνομε 

στοῦ χωριοῦ τ᾿ ἀποσκιωμένα ἁλώνια. 

θὰ φανοῦν λευκὰ τὰ χωριοτόσπιτα 

πίσω ἀπὸ τῶν πεύκων τ᾿ ἀκροκλώνια.



Μακριὰ θ᾿ ἀκούονται ἀρνιῶν βελάσματα 

βραδινὴ καμπάνα θὰ σημαίνει 

στὴ βρυσούλα βόδια θὰ ποτίζονται, 

θὰ καπνίζουν φοῦρνοι φλογισμένοι.



Θὰ βαθιανασαίνουμε στὸ διάβα μας 

μυρωδιὰ ἀπὸ στάχυα θερισμένα. 

Θὰ μᾶς εὐχηθοῦν τὸ «καλῶς ἤρθατε» 

χέρια ἀπὸ τὸν κάματο ἀργασμένα.



Ἀπὸ τὸ κατώφλι ἀναμερίζοντας 

τοῦ καιροῦ τ᾿ ἀγκάθια καὶ τὰ χόρτα, 

τοῦ κλειστοῦ παλιόπυργου θ᾿ ἀνοίξομε 

τὴ βαριὰ τὴ σιδερένια πόρτα.

samedi, 7 avril 2012

Grèce : deuil, colère, désinformation

*

Aujourd'hui a lieu à Athènes la cérémonie funéraire en mémoire de Dimitris Christoulas, qui s'est tué place Syntagma. La crémation restant interdite en Grèce, il sera ensuite incinéré... en Bulgarie.

Depuis ce mercredi 4 avril où il s'est tiré une balle dans la tête, chaque soir manifestants et policiers s'affrontent. Il y a des blessés, il y a des arrestations.  Mais chaque soir, la télévision d'Etat montre... la place Syntagma... "paisible".

Les brutalités policières systématiques envers les journalistes qui cherchent à vraiment couvrir les événements ont été dénoncées par un communiqué de l'Union des Photoreporters Grecs : un de leurs membres, Marios Lolos, Μάριος Λώλος, est actuellement à l'hôpital dans un état grave (traumatisme crânien), suite aux coups qu'il a reçus.

La fille de Dimitris Christoulas, Emmi, écrit, dans une lettre qu'elle a envoyée à la presse : 

" La note manuscrite de mon père ne laisse place à aucun malentendu. Toute sa vie il a été un militant de gauche, un visionnaire désintéressé. Cet acte final en particulier est un acte politique, absolument cohérent avec ce qu'il a cru et fait durant sa vie. Dans notre patrie, la Grèce, on tue les évidences. Pour certains, pour "les enfants obstinés de la Chimère", le suicide se rapproche de l'évidence, non pas comme une fuite, mais comme un cri de réveil. Pour cette raison il revêt un autre contenu, ce contenu que nous avons chanté ensemble pour la première fois au concert de notre cher Mikis [Theodorakis] en 75 [à la chute de la Junte, ndlt], que nous avons toujours chanté dans nos fêtes et pour nos morts... Dors père, et moi je vais avec les frères et je prends ta voix*."

_______________________

* RITSOS, Epitaphios

παιδί μου εσύ κοιμήσου.
Κι εγώ τραβώ στ' αδέρφια σου
και παίρνω τη φωνή σου.



Mon enfant, toi, dors
et moi je vais avec tes frères
et je prends ta voix.



Cette lamentation d'une mère sur le corps de son fils assassiné par la police du dictateur Metaxas devient en 2012 celle de la mère du "suicidé" du Gouvernement du Memorandum.

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jeudi, 5 avril 2012

L'Europe et ses vrais-faux "Suicides"

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La Crise obscène créée par le système actuel en Europe chasse des hommes, et casse des hommes. Elle n'affame pas seulement, elle assassine. Comment dire autrement quand on enlève à des gens tout espoir, jusqu'à ce qu'ils ne voient d'autre issue que de mettre fin à leurs jours ?

Vague de suicides en Italie : chômeurs, chef d'entreprise réduit à la faillite...

En Grèce - jadis l'un des pays du monde où l'on se suicidait le moins - les chiffres ont suivi la "pente" de la dette...

L'opinion internationale a perçu brièvement l'écho en septembre 2011 de la tentative d'immolation par le feu de ce commerçant de Thessalonique - il a survécu finalement à ses plaies.

Hier, en revanche, à Athènes, un retraité de 77 ans s'est tué d'une balle dans la tête, Place Syntagma. Il avait participé au mouvement "Δεν πληρώνω  "  ("Je ne paye pas"), et sa lettre ne laisse aucun doute sur les mobiles de son geste :

Le gouvernement de Collaboration a anéanti ma possibilité de survie, qui était basée principalement sur une retraite que je m'étais constituée seul (sans l'aide de l'Etat) pendant 35 ans de cotisations. [...] je ne trouve pas d'autre solution pour une fin digne avant de chercher ma subsistance dans les poubelles. Je crois que les jeunes sans avenir, un de ces jours, prendront les armes et sur la place Syntagma ils pendront les traîtres nationaux la tête en bas, comme les Italiens l'ont fait en 1945 à Mussolini.


Naturellement, les politiciens se sont empressés de tenter de neutraliser l'affaire, réclamant de la décence au nom du respect à la mémoire du mort... Dont tout indique qu'il souhaitait au contraire que son acte soit le détonateur de la nécessaire révolte, à la tunisienne...

Le soir même, des affrontements ont éclaté sur la place entre Police anti-émeutes et manifestants. 

A suivre.

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       Lettre trouvée sur le retraité qui s'est donné la mort place Syntagma.

mardi, 3 avril 2012

Des Profondeurs (Ἐκ βαθέων)

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Ce poème de Napoleon Lapathiotis  Ναπολέων Λαπαθιώτης (1888- 1944) a été mis en musique. On peut l'entendre ici.

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Plains-moi, mon Dieu, sur la route que j'ai prise

sans, jusqu'à la fin, savoir le comment

- sans avoir appris, en un tel destin

quelle faute me ligote, et quelles sont les fins !




Plains les années qui sont perdues

avant que la nuit s'étende à nouveau lourdement,

à chercher les autres, à me chercher moi,

à chercher ce qui ne se trouvera pas !




Plains ceux qui s'en vont au mal,

parce qu'on leur a dit que c'est écrit comme ça,

et ils deviennent terre, aux profonds d'une fosse,

sans chercher de raison à cela !




Plains-les, et plains-moi,

- moi aussi, qui vais avec un coeur aimant,

cherchant une issue à des choses étrangères,

qui n'ont, mon Dieu, nulle logique...





Si peu que je fasse que quelque chose me traîne,

si peu qu'il m'éclaire dans l'obscurité,

et aussitôt le destin me le reprend,

et aussitôt c'est la nuit qui revient...





Plains-moi, mon Dieu, dans mon désespoir,

plains la flamme que je répands en vain,

- plains-moi dans mon indignation,

de vivre sans raison, et sans fin...



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Ἐκ βαθέων

Λυπήσου με, Θέ μου, στὸ δρόμο ποὺ πῆρα,
χωρίς, ὡς τὸ τέλος, νὰ ξέρω τὸ πῶς,
- χωρὶς νά ῾χω μάθει, μὲ μιὰ τέτοια μοῖρα,
ποιὸ κρῖμα μὲ δένει, καὶ ποιὸς ὁ σκοπός!

Λυπήσου τὰ χρόνια ποὺ πᾶνε χαμένα,
προτοῦ ἡ νύχτα πάλι βαριὰ ν᾿ ἁπλωθεῖ,
ζητώντας τοὺς ἄλλους, ζητώντας καὶ μένα,
ζητώντας ἐκεῖνο ποὺ δὲ θὰ βρεθεῖ!

Λυπήσου ὅλα κεῖνα ποὺ πᾶνε τοῦ κάκου,
γιατὶ ἔτσι τοὺς εἶπαν πὼς εἶναι γραφτό,
καὶ γίνουνται χῶμα, στὰ βάθη ἑνὸς λάκκου,
χωρὶς νὰ γυρέψουν τὸ λόγο γι᾿ αὐτό!

Λυπήσου κι ἐκεῖνα, λυπήσου κι ἐμένα,
- καὶ μένα, ποὺ πάω μὲ καρδιὰ στοργική,
ζητώντας μία λύση σὲ πράματα ξένα,
ποὺ δὲν ἔχουν, Θέ μου, καμιὰ λογική...

Λιγάκι νὰ κάνω πὼς κάτι μὲ σέρνει,
λιγάκι νὰ φέξει, μὲς στὰ σκοτεινά,
κι ἀμέσως ἡ μοῖρα μού τὸ ξαναπαίρνει,
κι ἀμέσως ἡ νύχτα γυρίζει ξανά...

Λυπήσου με, Θέ μου, στὴν ἀπόγνωσή μου,
λυπήσου τὴ φλόγα ποὺ μάταια σκορπῶ,
- λυπήσου με μὲς στὴν ἀγανάκτησή μου,
νὰ ζῶ δίχως λόγο, καὶ δίχως σκοπό...

Joie (Χαρά)

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Un sonnet de Kostas KARYOTAKIS, Κώστας Καρυωτάκης, tiré de Nepenthes (1921).

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J'espère la fleur même de la part des lentisques.

La verdure rit comme mon amour.

Le pin joue tendrement avec le rayon.

Les tombes embaumeraient, lits de noce.





Clin d'oeil de la forêt, fuit une biche.

Et près d'où, par terre, nous nous sommes couchés,

des lys sauvages font goutter leur âmelette

et s'ouvre, rose sanguine, ma joie.





Je  vois - elle souffle dans tes cheveux - son aura.

Tes yeux sont profonds comme pour que j'y trouve

la route de ma vie, en Avril.





Je ne souffre déjà plus pour l'anémone,

encore amoureuse de la terre qui la fond,

alors que je m'élance pour te boire les lèvres.

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Ελπίζω το λουλούδι και απ' τα σχίνα.
Γελάει το χλόισμα σαν τον έρωτά μου.
Το πεύκο παίζει αβρό με την αχτίνα.
Θα ευώδιασαν οι τάφοι, κλίνες γάμου.

Παλμός του δάσους, φεύγει μια ελαφίνα.
Και δίπλα που ξαπλώσαμε δω χάμου,
την ψυχούλα τους στάζουν άγρια κρίνα
κι ανοίγει, ρόδο αιμάτινο, η χαρά μου.

Τη βλέπω -- στα μαλλιά σου πνέει -- την αύρα.
Είναι βαθιά τα μάτια σου όπως να 'βρα
το δρόμο της ζωής μου, τον Απρίλη.

Πια δεν πονώ μηδέ την ανεμώνη,
στης γης η ερωτοπάλη που τη λειώνει,
καθώς ορμάω για να σου πιω τα χείλη.

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